Les milliers d’images que nous cherchons sur Internet nous traversent à toute vitesse. En les transposant d’un support à l’autre, je leur donne une autre dimension, une autre matérialité mais aussi le temps long du dessin mural grand format. Passant de mon petit écran à la fixité d’un mur, les 300 soldats de l’opération Lynx avec leurs chars d’assaut se présentent ainsi comme une armée de spectres.
Vue de l’étranger, la faible représentation que l’on peut se faire de l’Estonie est inversement proportionnelle à l’importance stratégique qu’occupe le pays par sa position frontalière avec la Russie. D’un côté, on pourrait parler d’une sorte d’indifférence, d’un blanc, d’une absence d’images, de l’autre, d’une imagerie militaire générée notamment par le déploiement des forces de l’eFP (enhanced Forward Presence) dont le renforcement a été décidé par les chefs d’États et de gouvernement des Nations alliées à Varsovie le 9 juillet 2016 et qui se poursuit encore en 2019, notamment par la mission opérationnelle Lynx, un détachement français de 300 soldats et de leur artillerie lourde. C’est ainsi que l’ensemble du bataillon eFP BG EST de 1100 soldats, principalement britanniques, se déploie sur l’ensemble du territoire estonien : à Tapa, dans une zone d’entraînement directement connectée au camp, dans une zone centrale du pays (Central Training Aera), qui représente un camp capable d’accueillir un volume d’un bataillon, avec des champs de tirs nombreux, à Soodla, dans le sud-est du pays, adapté au combat défensif et en zone urbaine ; enfin, en terrain libre dans le reste du pays, sous certaines conditions.
Le dessin a été réalisé à deux reprises par délégation à l’occasion de deux expositions par Anna Maquet et Angeliina Birgit Liivlaid à Tartu (Estonie) et par Sarah Bédard-Goulet à Vilnius (Lituanie).