Il existe aujourd’hui une véritable typologie des murs dans le monde et les artistes et historiens de l’art contemporain se sont saisis de ces limites aussi précises que complexes à travers ce qu’il est convenu d’appeler les Border æsthetics. Or, il est un mur, unique au monde, le « Berm », le mur dit « des sables », une barrière presque invisible et pourtant infranchissable de 2700 km constituée de mines antipersonnel enterrées, de radars, de postes de surveillance et de fils barbelés érigés par le gouvernement marocain au Sahara occidental dans les années 80. Le Sahara occidental est la dernière colonie du monde où les 180 000 réfugiés sahraouis ont bâti un modèle de civilisation démocratique en plein désert, dans des camps installés sur le territoire algérien, de l’autre côté de cette limite qui les sépare de quelques mètres de leur pays et de leurs familles.
Depuis 2005, année à partir de laquelle Googlearth a mis à disposition du grand public son application de vision satellitaire, je m’intéresse à l’analogie existant entre le trait et le trajet. Le mur des sables est parfaitement visible sur ces images et on peut ainsi le parcourir vu d’en haut, dans sa totalité, avec une précision remarquable sur sa structure (checkpoints, forts, dispositifs enterrés etc.). Sur un rouleau de papier craft de 1000 m de long, j’ai dessiné proportionnellement, à partir d’une maquette préalable ces 2700 km de murs enterrés sous le sable. Ce long et lent parcours linéaire « en surface » s’oppose à la latence de la mine antipersonnel qui attend sa prochaine victime. Il est ici traduit par des moyens simples et discrets (crayon, feutre) dans une œuvre graphique et potentielle qui ne se dévoile que partiellement. Le rouleau de papier sur lequel elle s’inscrit et la spatio-temporalité qu’elle évoque ne peuvent trouver d’espace pour se déployer entièrement.