Les petites fictions de Google street view sont un lieu intéressant pour repenser la littérature de voyage mais aussi les pratiques artistiques dans leur rapport au colonialisme, les pratiques du récit en relation avec le storytelling. Elles le sont aussi pour les nouvelles technologies comme lieux de tous les paradoxes, entre dispositifs d’autosurveillance et de contrôle et lieux d’un incroyable liberté proches des zones d’autonomie temporaires et des utopies pirates telles que les décrit Hakim Bey : « Au XVIIIe siècle, les pirates et les corsaires créèrent un ‘‘réseau d’information’’ à l’échelle du globe : bien que primitif et conçu essentiellement pour le commerce, ce réseau fonctionna toutefois admirablement. Il était constellé d’îles et de caches lointaines où les bateaux pouvaient s’approvisionner en eau et nourriture et échanger leur butin contre des produits de luxe ou de première nécessité.Certaines de ces îles abritaient des‘‘communautés intentionnelles’’, des micro-sociétés vivant délibérément hors-la-loi et bien déterminées à le rester, ne fût-ce que pour une vie brève, mais joyeuse ». Cet article reprend quelques éléments de la communication publiée dans les actes du colloque Esthétique de la ruine, poïétique de la destruction : la ruine faite œuvre ou l’œuvre en ruine, elle en est, en quelque sorte, le pendant littéraire.