En 2005, l’ouvrage intitulé Art in the Age of Terrorism dirigé par Graham Coulter-Smith et Maurice Owen, se proposait d’explorer les manières par lesquelles l’art et la théorie de l’art pouvaient contribuer à la compréhension de situations qui nous laissent souvent sans voix. Il s’agissait ainsi de visualiser l’indicible, que cet indicible soit de l’ordre du traumatisme, du déni, des conflits insolubles, de la construction de barrières, de la perte des libertés engendrées notamment par les guerres et le terrorisme.
Ce livre a bien entendu été conçu dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 qui ont produit une abondante imagerie médiatique dont beaucoup d’artistes se sont par ailleurs emparé. Cet article revient en partie sur cet ouvrage de référence mais propose un point de vue inverse en partant du procès autour de Tilted Arc, une œuvre de Richard Serra dont la destruction fut programmée au motif que l’œuvre semblait vouloir, selon les arguments de la partie adverse, favoriser le terrorisme « dressant un mur d’appui idéal pour une bombe ».
Cet exemple n’est cependant qu’un simple point de départ pour orienter nos réflexions vers la question du sabotage telle que l’entend Erri de Luca mais aussi de la profanation telle que l’entend Giorgio Agamben, notions peut-être moins médiatiquement populaires que celle de terrorisme, mais sans doute tout aussi intéressantes à l’heure de comprendre les engagements et réels enjeux politiques de cette « parole contraire » qu’est encore (parfois) l’art.