Cité Soleil, Haïti,

2006

Dessin à la souris sur image satellitaire, Tirage lambda sous Dibond,

130 x 80 cm

Exposé à la Galerie Michel Journiac, Paris, exposition Résurgences, du 08 au 16 janvier 2017 et à la Galerie Arondit, Paris, exposition Anxiété Cartographique, du 9 évrier au 13 mars 2018.

(Série La Terre revue du ciel)

Cité Soleil se situe au cœur de Port-au-Prince, dans une zone de non-droit où les règnent les ganges et que les éboueurs ont désertée depuis des années. La population, les bêtes et les cafards glanent sur cette énorme décharge de quoi se nourrir un peu.

Publications

Christine Buignet, « Images en liberté – Un nouveau milieu à apprivoiser »,
revue Focales n°1 « La Photographie face aux flux », 2017.

Extrait :

[ …] « Ce sont au contraire des mises en relation critiques, précisément pensées, qu’opèrent les collectes et élaborations d’Anna Guilló dans sa série intitulée « La Terre revue du ciel » (2006-2016). Sur des captures d’écran de Google Earth, montrant des lieux emblématiques (souvent terrains de guerres, ou de souffrance – comme la prison de Guantanamo, la Place Tien An Men…), elle intervient par un dessin au trait réalisé avec la souris de l’ordinateur, superposant aux lieux vus du ciel les contours d’une autre image, de proximité et souvent comportant des personnages.

Dans Cité Soleil, Haïti, c’est une accumulation de tracés blancs, comme emmêlés, où se distinguent toutefois la forme d’un porc et celle d’un humain fouillant tous deux le sol (les traits tortueux y suggérant détritus, sacs plastiques et autres déchets), qui viennent s’implanter sur les images de lieux qu’on pourrait imaginer idylliques d’après la beauté des photographies aériennes comme ici d’après leur nom, « Cité Soleil ». Mais ce dernier désigne le plus grand bidonville de l’hémisphère Nord, ravagé par la misère – et la violence qui en découle. Le geste humain, singulier, du graphein vient donc apposer la trace d’un regard critique, historique, politique, sur ces images prises par satellites, enregistrées sans distinction d’un bout à l’autre de la planète, sans conscience. L’image et le geste individualisés énoncent ce que le flux noyait dans le continuum neutralisant. On peut d’ailleurs entendre la portée critique de ce travail à plusieurs niveaux, face à l’hégémonie de Google qui cartographie le monde, unifiant cette vaste « nature » terrestre ainsi contrôlée ; face au silence de ses images dont l’échelle tait l’actualité dramatique s’y déroulant au quotidien, la famine et les rapports de pouvoir qui y règnent ; mais aussi, en prenant en compte l’allusion à d’autres photographies aériennes énoncée par le titre de la série, face à la connivence de démarches esthétisantes qui louent la beauté d’un monde idéalisé, entretenant le silence sur ce qui s’y vit (la réflexion suggérée s’étend donc au positionnement artistique et à ses enjeux) ».

Aline Caillet, « Le tournant spatial de l’art : quand l’artiste se fait cartographe »,
revue 303, arts, recherches, créations n° 133, « Cartes et cartographie », 2014

Extrait :

[…] Certaines démarches artistique intègrent également les photographies produites ou relayées par les instruments d’une autre cartographie que sont les stellites et s’emparent de cette imagerie d’un monde sous surveillance parfois pour présenter une vision critique de ces dispositifs. Ainsi de la série La Terre revue du ciel d’Anna Guilló, qui met en tension les images satellites de Google Earth et la réalité factuelle du territoire qu’elles sont supposées renseigner, via une photographie de nature documentaire prise sur le même lieu, laquelle sert de modèle au dessin que l’artiste imprime ensuite sur l’image initiale. Dans Cité Soleil Haïti (2006), l’artiste superpose à l’image satellite d’un bidonville d’Haïti le dessin d’une femme tendant la main pour se saisir de déchets de nourriture sur un tas de détritus qu’un porc, non loin d’elle, renifle. La réalité et la dureté de la scène in situ contrastent violemment avec cette terre vue du ciel, lointaine, désengagée, qui n’offre qu’une vision superficielle mais non dénuée d’esthétique et pour le moins captivante ». (p. 51-52).

Exposition

À Galerie Michel Journiac, Paris,

du 06/01/2020

au 16/01/2020

À Arondit, Paris,

du 09/02/2018

au 17/03/2018