En bon géographe anarchiste, Élisée Reclus n’aimait pas les cartes. À leur surplombante autorité, il préférait, comme son ami Pierre Kropotkine d’ailleurs, l’horizontalité du chemin tracé par le marcheur et dont le dessin, aussi, est une carte. De sa correspondance à sa Nouvelle géographie universelle en passant par son Histoire d’un ruisseau, l’ensemble de ses écrits, sans vouloir déployer le moindre concept philosophique, n’en établit pas moins les robustes prémices d’une théorie politique anarcho-cartographique. Cette dernière pourrait aujourd’hui être rapprochée de cet « art de l’existence » défini par Michel Foucault dans lequel le philosophe inscrivait la démarche artistique dans un processus général tant éthique, politique que poétique.
Ça n’est donc pas un hasard si Catherine Malabou ouvre le tout premier chapitre de son dernier ouvrage à Élisée Reclus et à son refus de la verticalité. Au voleur ! Anarchisme et philosophie (PUF, 2022) est en effet un texte « né de la conscience d’un retard de la philosophie sur la géographie. Retard de la philosophie sur la géographie physique et politique de l’horizontalité, retard de la philosophie sur l’anarchisme » (p. 13).
Cette intervention dans le cadre du séminaire « Esthétiques anarchistes. L’art et le non-gouvernable » analysera quelques textes et œuvres contemporaines liées à la question de la marche et de la cartographie alternative à l’aune de cet éloge de l’horizontalité déplié par Élisée Reclus. Au-delà de cette première approche, il s’agira de discuter collectivement des enjeux esthétiques et politiques de ce corpus afin de comprendre comment ils pourraient être intégrés à nos usages et, plus largement, à nos existences.