Joan Fontcuberta, du baiser de Judas à la boîte de Pandore

Publié en 2012,

Ouvrage Figures de l’artiste III. Portrait de l’artiste en philosophe/portrait du philosophe en artiste, (dir. Miguel Egaña), éd. L’Harmattan, coll. « Ouverture philosophique »

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Et c’est justement Nietszche que Fontcuberta convoque lorsqu’il tente de montrer que la réalité objective, même dans la photographie objective, même par l’emploi des paroles, est une vaine utopie. Aucune image, aucun mot ne peut s’arroger l’autorité d’exprimer objectivement la réalité. Que signifie donc cette faiblesse à pouvoir nommer, désigner absolument le monde ? Cela signifie, selon Fontcuberta, que les catégories éthique, esthétique et philosophique comme le bon, le beau, le vrai sont elles-mêmes en train de suivre ce même chemin du discrédit. Dans cet avènement du numérique, l’artiste voit surtout une obsolescence historique de la photographie. La photographie numérique ne serait pas une transformation de la photographie argentique mais elle introduirait une nouvelle catégorie d’images « post-photographiques ». Donc la question n’est pas de savoir si la photo numérique est encore de la photo. La question est de savoir de quoi la photographie numérique est l’image, de quoi, au sens de « de quel monde ».