Hors sol,

2020

Dessin mural, feutre et graphite,

3 x 3 m environ

Réalisé à l’atelier expérimental Musicircus dans le cadre de l’exposition Des écarts irrésolus à partir de la photographie de Cédric Parizot, Borne de l’armée, route 315, est de Hûra, 2005.

Le dessin est issu d’une photographie et noir et blanc d’un cube sur lequel sont inscrits des textes en anglais et en hébreu. Ce qui me frappe, c’est que l’image est sans échelle. Ce cube pourrait tout aussi bien être issu d’une installation gigantesque dans le désert de Marfa que sortir d’un paquet de briques de lait ; d’une certaine manière, je le trouve hors sol. J’apprends par Cédric Parizot, l’anthropologue qui a pris la photo, qu’il s’agit d’une fausse borne pour indiquer une fausse zone militaire, quelque part en Israël. Une stratégie d’expropriation, en somme.

Au sortir de Hûra, la route ne semblait pas non plus avoir été entretenue depuis plusieurs années. Outre les innombrables nids de poule qui contraignaient le conducteur à rester attentif et à freiner régulièrement, le goudron s’émiettait sur les bas-côtés sous l’effet de l’érosion. C’est là qu’Hubert m’avait montré à droite des blocs de béton placés sur le bord de la route, à plusieurs centaines de mètres les uns des autres. Marqués au pochoir, on pouvait y lire en hébreu et en anglais : « zone de tir, entrée interdite ». Disposés quelques mois auparavant par l’armée, ils n’étaient pas simplement là pour signifier aux bédouins l’interdiction d’accéder aux espaces qui s’étendaient au sud de cette route. Le marquage ostentatoire de cette limite s’inscrivait dans le projet d’expropriation des habitations isolées qui restaient dans cette région. En définissant ces terres comme des espaces d’entrainement militaires, l’État se donnait un moyen légal supplémentaire pour évacuer les populations locales et les forcer à s’installer dans les zones urbaines dédiées. Curieusement, cependant, le message n’était même pas traduit dans la langue maternelle des destinataires, alors encore, seconde langue officielle du pays.

Dessinée in situ à Musicircus – atelier expérimental, Gardanne, dans le cadre de l’exposition en duo-show avec Damien Beyrouthy, Des écarts irrésolus, du 20 au 26 septembre 2020.

Exposition

À Musicircus, atelier expérimental, Gardanne,

du 20/09/2020

au 26/09/2020